Labyrinthe de la voix

L’intime n’existe pas sur les réseaux si réseau est le nouveau nom des médias ou en tout cas, leur forme actuelle et avéré .  Le réseau n’est qu’une conséquence du média en tant que support stratégique de communication.

L’intime ne peut pas exister sur les réseaux parce qu’il n’est pas communication.

L’intime suppose une parole et une écoute flottante, c’est-à-dire une écoute qui n’a pas déjà choisi ce qu’elle veut bien entendre. Si elle flotte, c’est de son indécision à comprendre  qui refuse de rompre le mouvement, qui se laisse le temps.

L’intime est voix qui parle. L’écoute s’onde de la parole comme la parole est l’onde d’un corps. L’intime est l’enjeu du vrai dans la voix qui fait le corps qui parle ; ça ne se met pas en réseau pas plus que ça ne se résout, ça demeure une voix inquiète pour entendre sans repos.

Écrire pose la question de ne plus dormir au point de mettre sa santé en jeu et peut-être pour si peu, et même de ne pas y croire ou de ne pas croire en, et pourtant subir l’impérieuse nécessité de le faire. C’est la raison pour laquelle écrire est sans pourquoi ni comment; un pèlerinage de l’intime sur les sentes incertaines,  un voyage immobile sans médiation sinon le langage qui dit la voix faisant le corps, un souffle en son éphémère dont jaillit la durée.

Le paradoxe est d’écrire sur un média pour dire la non-médiation de l’écrire selon la logique de la communication et des réseaux.

L’immédiateté de la voix n’est pas médiatique. Il s’agit toujours de rompre avant. De là, écrire demeure un cheminement du corps à la parole.

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Sans joie, la misère étend son empire et le malheur triomphe

 

Feu

 

Malgré le réchauffement climatique, les nuisances industrielles et la pollution, le chômage structurel de masse, l’ultra-libéralisme galopant, l’indéfectible capitalisme, les tentations totalitaires, l’égoïsme des patries, petites ou grandes, le nationalisme, la haine, le racisme, les autres utopies comme autant de recommencement du pire, le cancer, le sida, le paludisme, les pandémies diverses, la faim, la soif, la pauvreté, qu’elle soit extrême ou modérée, l’exploitation sexuelle des femmes et des enfants,  l’esclavage, la domination de l’homme par l’homme, sa marchandisation, sa dissection mercantile, le triomphe du médiocre, l’adulation des élites, la corruption, la prévarication, la concussion, la démagogie racoleuse, les fins de mois qui commencent au début du trimestre, la prostitution passive, le viol, le consumérisme, l’épuisement des ressources, l’hypocrisie de ceux qui se pensent puissants, la débilité de ceux qui se pensent impuissants, la complicité de ceux qui subissent, le crime qui guette, le harcèlement du quotidien qu’aggravent les pervers, les religions de dieu ou de l’état ou du social ou de la nature et toutes les autres, les logarithmes, la bourse et sa spéculation folle, la compromission, l’absolutisme, le culte de l’autorité, le triomphe de la volonté, celui de la bêtise, la déception d’être, l’espoir sans main et les promesses sans lendemain, la démence qui rode, celle qui ronge, l’agressivité de l’ordinaire, son ennui, les pennes du suicides, la drogue, l’alcoolisme, la dépendance et la légende de l’autarcie, la vulgarité, la grossièreté, la pourriture qui rogne, la moisissure qui corrode, la putréfaction qui attend son heure, les attentats, les guerres, tout ce qui nie l’autre et le monde, j’ai envie de dire la vie est belle,  ici et maintenant

Ode aux perdants

 

 

fragment-deux

 

 

Les perdants

Des petites vies

Presqu’ouvriers de la routine

Chairs involontaires de prostitution

Par usure et lassitude

Et besogne

Ou rognure

Sans compter le quotidien

Sa sueur

Et son pain

Bras moi je ne fus pas

Au pied du mur

Ni herseur de terre

Ou lamineur de chaleur

Le métal ne fond pas dans mes mains

Le sol ne brille pas de mon geste

Et je ne sais rien du martèlement

Humide de rien

Sinon d’insomnies

Anonyme

Et si peu dans la parole

Je sais le silence

Ce labeur que portait mon père

Sur ses épaules

Comme un Atlas de mauvais livre

Lui l’ivre de vin mauvais

Ou ma mère la lutteuse

De chaque jour

Pour tout

Pour rien

Pour le voisin

Pour l’autre

Et si peu pour elle

Et moi enfant nu ruisselant

De honte

Dans l’alcool du père

Et l’absence de mère

Dans un miroir

Je fragmente

Et l’éclat me traverse

Je sais le silence

Je l’entends autour

Je le sais m’œuvrer

Comme il œuvre

Les déjà perdus

Mes compagnons d’âge

Auxquels je ne parle pas

Faute de savoir

Et eux

De dire

Seuls en miroir

Dans le reflet

Des regards

Une autre prison

De l’enfance

Comme corps

Mien

Vendu aux mains

Autre prison

De l’enfance

Comme

L’enfance dont le corps

Ne me permet pas

Et que le temps corrompt

J’avais déjà perdu

Sous le temps

Sous les mains

Sous l’ivresse

Et l’absence

Je devinais

Le destin

Et la chute

Pour les chairs d’infortune

Alors

La petite vie

Vivante

Malgré la défaite

Comme résistance

Et surtout

En communion

Oui