Offrande des prémices

orchidee

 

En ce jour

De langue de feu

Je suis ivre de la flamme

Avant que le sarment ne brûle

J’oublie le brasier des vanités

Qui me consume en vain

Pour une vigne

De parole

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Labyrinthe de la voix

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L’intime n’existe pas sur les réseaux si “réseau(x)” est le nouveau nom des médias ou en tout cas, leur forme actuelle et avérée.  Le réseau n’est qu’une conséquence du média en tant que support stratégique de communication.

L’intime ne peut pas exister sur les réseaux parce qu’il n’est pas communication.

L’intime suppose une parole et une écoute flottante, c’est-à-dire une écoute qui n’a pas déjà choisi ce qu’elle veut bien entendre. Si elle flotte, c’est de son indécision à comprendre et refusant de briser le mouvement se laisse le temps.

L’intime est une voix qui parle. L’écoute s’onde de la parole comme la voix est l’onde d’un corps. L’intime est l’enjeu du vrai dans la voix qui fait le corps qui parle ; ça ne se met pas en réseau pas plus que ça ne se résout, ça demeure sans repos.

Écrire pose la question de ne plus dormir au point de mettre sa santé en jeu et peut-être pour si peu, et même de ne pas y croire ou de ne pas croire en, et pourtant subir l’impérieuse nécessité de le faire. C’est la raison pour laquelle écrire est sans pourquoi ni comment ; un pèlerinage de l’intime sur les sentes incertaines, un voyage immobile sans médiation sinon le langage qui dit la voix faisant le corps, un souffle en son éphémère dont jaillit la durée.

Le paradoxe est d’écrire sur un média pour dire la non-médiation de l’écrire selon la communication et ses réseaux.

L’immédiateté de la voix n’est pas médiatique. Il s’agit toujours de rompre avant et dévoiler l’écoute. De là, écrire demeure un cheminement du corps à la parole.

Sans joie, la misère étend son empire et le malheur triomphe

 

Feu

 

Malgré le réchauffement climatique, les nuisances industrielles et la pollution, le chômage structurel de masse, l’ultra-libéralisme galopant, l’indéfectible capitalisme, les tentations totalitaires, l’égoïsme des patries, petites ou grandes, le nationalisme, la haine, le racisme, les autres utopies comme autant de recommencement du pire, le cancer, le sida, le paludisme, les pandémies diverses, la faim, la soif, la pauvreté, qu’elle soit extrême ou modérée, l’exploitation sexuelle des femmes et des enfants,  l’esclavage, la domination de l’homme par l’homme, sa marchandisation, sa dissection mercantile, le triomphe du médiocre, l’adulation des élites, la corruption, la prévarication, la concussion, la démagogie racoleuse, les fins de mois qui commencent au début du trimestre, la prostitution passive, le viol, le consumérisme, l’épuisement des ressources, l’hypocrisie de ceux qui se pensent puissants, la débilité de ceux qui se pensent impuissants, la complicité de ceux qui subissent, le crime qui guette, le harcèlement du quotidien qu’aggravent les pervers, les religions de dieu ou de l’état ou du social ou de la nature et toutes les autres, les logarithmes, la bourse et sa spéculation folle, la compromission, l’absolutisme, le culte de l’autorité, le triomphe de la volonté, celui de la bêtise, la déception d’être, l’espoir sans main et les promesses sans lendemain, la démence qui rode, celle qui ronge, l’agressivité de l’ordinaire, son ennui, les pennes du suicides, la drogue, l’alcoolisme, la dépendance et la légende de l’autarcie, la vulgarité, la grossièreté, la pourriture qui rogne, la moisissure qui corrode, la putréfaction qui attend son heure, les attentats, les guerres, tout ce qui nie l’autre et le monde, j’ai envie de dire la vie est belle,  ici et maintenant

Ode aux perdants

 

 

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Les perdants

Des petites vies

Presqu’ouvriers de la routine

Chairs involontaires de prostitution

Par usure et lassitude

Et besogne

Ou rognure

Sans compter le quotidien

Sa sueur

Et son pain

Bras moi je ne fus pas

Au pied du mur

Ni herseur de terre

Ou lamineur de chaleur

Le métal ne fond pas dans mes mains

Le sol ne brille pas de mon geste

Et je ne sais rien du martèlement

Humide de rien

Sinon d’insomnies

Anonyme

Et si peu dans la parole

Je sais le silence

Ce labeur que portait mon père

Sur ses épaules

Comme un Atlas de mauvais livre

Lui l’ivre de vin mauvais

Ou ma mère la lutteuse

De chaque jour

Pour tout

Pour rien

Pour le voisin

Pour l’autre

Et si peu pour elle

Et moi enfant nu ruisselant

De honte

Dans l’alcool du père

Et l’absence de mère

Dans un miroir

Je fragmente

Et l’éclat me traverse

Je sais le silence

Je l’entends autour

Je le sais m’œuvrer

Comme il œuvre

Les déjà perdus

Mes compagnons d’âge

Auxquels je ne parle pas

Faute de savoir

Et eux

De dire

Seuls

Dans le miroir des regards

Une prison de l’enfance

Comme mon corps

Vendu aux mains

Une autre prison

De l’enfance

Comme

L’enfance dont le corps

Ne me permet pas

Et que le temps corrompt

Pour ne laisser

Que reflets

Et j’avais déjà perdu

Sous le temps

Sous les mains

Sous l’ivresse

Les miroirs

Ou  l’absence

Je devinais

Le destin et la chute

Des chairs d’infortune

Alors

La petite vie

Vivante

Malgré les défaites

Comme résistance

Et surtout

En communion

Oui

« Il vaut mieux vivre avec des remords qu’avec des regrets »

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Il semblerait qu’un groupe de rappeurs ait remis cette citation au goût du jour et que soudain, ça glose sur l’internet à propos de la justesse de la sentence. D’un coup, tout un chacun préfère le remords au regret, songe que le remords donne du sens à la vie. Ainsi, la crainte nouvelle serait d’avoir des regrets et agir coûte que coûte pour ne pas en avoir deviendrait un principe de vie. En tout cas, ce rap encourage sur cette voie, avec tous les meilleurs sentiments du monde.

Il serait peut-être bon de rappeler que la phrase vient du Portrait de Dorian Gray d’Oscar Wilde, dite par le personnage principal, pour déjà avoir un doute sur le sens profond.

Qu’est-ce que le regret ? Le remords ?  Passer par un exercice définition s’impose.

Le regret est un état de conscience, plus ou moins douloureux, causé par une perte ou un désir insatisfait.

Le regret invite tout un chacun à faire face aux aléas de la vie, au sentiment de manque qui nous poursuit tout au long de l’existence, aux choix qui ont dû être faits plutôt que d’autres. Le regret est constitutif de la conscience sur la durée de la vie durant laquelle tout ne peut être fait ni parfait.

Le remords est un tourment moral causé par la conscience d’avoir mal agi .

Le remords envoie à la faute, au crime et le terme de tourment à l’idée de supplice, de torture. Le remords n’est pas la culpabilité car contrairement à la culpabilité le remord est sans rémission; c’est être rongé par ses mauvaises actions. Le remords est le cercle vicieux des afflictions qui conduit l’individu sur un chemin de mélancolie.

Une vie à la Dorian Gray, en somme.

Dorian Gray préfère ne pas souffrir du manque et ne supporte pas l’insatisfaction de ses désirs quitte à commettre des crimes et des infamies et que le prix à payer soit celui de l’angoisse et du désespoir, que le remords ronge sa vie (voir son portrait). Oscar Wilde nous fait comprendre que l’empire des appétits ne peut être satisfait et que passant d’une tentation l’autre, nous anéantissons autrui dans une quête des plaisirs immédiats tout en chutant  dans l’abîme de nous-même. Le Portrait de Dorian Gray exprime simplement que l’enfer de la jouissance narcissique à un nom : remords, autrement dit,  morsures répétées  jusqu’à la rognure.

Ainsi, il y a quelque chose d’étrange à entendre ce duo chanter la préférence du remords sur tous les réseaux disponibles. Les deux rappeurs n’ont, bien sûr, aucune intention particulière. Ils ont juste voulu faire une petite chanson en mettant des mots les uns derrières les autres. Ils ne comprennent pas ce qu’ils disent et, de toute évidence, ils n’ont pas lu Oscar Wilde, sinon ils n’auraient pas fait de contre-sens. Et nous, auditeur-consommateur de musique au mètre qui n’écoutons pas plus que nous n’avons lu Le Portrait de Dorian Gray, nous acceptons l’autorité de la sentence sans nous soucier du sens. Sinon nous ne la chantonnerions pas.  Pourtant, nous le faisons.  Une rengaine suffit à faire oublier que le remords  est l’empreinte indélébile d’un mal commis, que son essence est celle du néant et qu’il aspire au triomphe de la mort.