Nostalgie-2 (Brouillon d’une pensée)

comète

Bernard Faucon a cultivé une forme de nostalgie tout au long de sa carrière d’artiste-photographe. Plongeant dès les débuts dans les souvenirs de son enfance, les jeux avec ses frères, les paysages sous le soleil du Lubéron, la figure rassurante de sa grand-mère, les ors de sa foi enfantine et ses premières amours, d’autant plus fortes que secrètes et interdites, sa photographie a toujours été une traversée. Dans des séries de mises en scène, la vision alterne entre des grands paysages et des intérieurs dans lesquels le corps est présence ; que le modèle fût un mannequin de plastique ou une personne réelle. Ce retour à l’enfance, une nostalgie comme une autre, n’est pas sans violence, sans souffrance. Les mannequins, même s’il explose la sensation de l’incarnation celle-ci à la fugacité des avatars et ils finissent par matérialiser une jalousie, celle du corps, de la chair ; cette menace se consume dans leurs ressentiments : ils disparaissent. L’enfance figurée est ainsi immédiatement ourlée par l’ombre de la finitude ; cette impression demeure tout au long des séries. Bernard Faucon est un voyageur. Il est allé chercher à travers le monde le paysage et la silhouette. Devant les images, le spectateur erre dans les extérieurs et  les pièces d’une maison imaginaire posée en terre fabuleuse ; il cherche des traces, piste des fantômes. Tout s’échappe et abandonne. D’une image à l’autre, dans ce silence, un rituel s’impose : une prière, une dévotion se dessine. Le piège tendu est celui de l’idéalisation ; la souffrance en ce retour est là. Ce qui surgit ne serait que la ruse d’un passé mythifié. Cette défense s’effondre d’elle-même, le constat laisse une amertume. Dans l’image, l’ombre  et  le reflet sont la preuve de l’Être et passant d’image en image, le regard passe à côté ; il passe à côté de tout. L’Être échappe à la perception, flotte dans l’indéfinissable, impose le souvenir d’avoir été une fois vécu. La photographie de Bernard Faucon donne à voir sous le masque de l’idéal l’abandon à la nostalgie. Alors il s’agit de percevoir les indices, de prendre les chemins de traverse afin de révéler les signes manifestes de la présence en son intensité. Ce retour à l’Être est le plus court chemin pour renaître. Une odyssée commence. Nous sommes embarqués.

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